Dominique Wolton
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« La société de la connaissance qui se dessine n’est ni irénique, ni dépourvue d’antagonismes et de conflits d’intérêts. »
DW, Abondance et gratuité, pourquoi faire et jusqu’où ? , Revue Hermès n° 57, 2010

Société civile

La notion de société civile est ambiguë. Elle a connu dans son histoire un renversement complet de sens. De l’Antiquité au XVII ème siècle, la société civile est opposée à l’État de nature, elle signifie toute société politiquement organisée. Venant du latin, les termes civitas, sociétas civilis ou encore res publica resteront longtemps synonymes. Ce n’est qu’après la Révolution française et la conception unitaire de l’État-nation imposée par elle que la notion de société civile est opposée à l’État, pour signifier ce qui relève du domaine privé, de la société sans l’État. Des traces de cette ambiguïté demeurent dans le vocabulaire. Les adjectifs « civil » et « civique » ont la même racine. Pourtant, les droits civiques concernent celui qui s’associe au pouvoir de l’État et participe à la communauté politique, alors que les droits civils définissent les obligations qui régissent les rapports entre individus dans leur vie privée. « Le concept de société civile trouve sa formulation systématique en 1821 dans Les Principes de la philosophie du droit de Hegel. En introduisant ce concept, Hegel prenait acte du changement le plus significatif de la modernité politique : la séparation de la « vie civile » et de la « vie politique », de la société et de l’État ; changement concomitant à la révolution industrielle (montée de la culture bourgeoise, importance et autonomie accrue de la sphère économique) et politiquement consacré par l’effondrement de l’Ancien Régime ».

Aujourd’hui, Dominique Colas propose une définition opératoire de la société civile. « Elle désigne la vie sociale organisée selon sa propre logique, notamment associative, qui assurerait la dynamique économique, culturelle et politique ».

Les variations historiques du concept montrent bien à quel point la société civile est une notion conflictuelle et idéologique. De nos jours, elle est réapparue, à la suite de la crise de l’État-providence, et elle est investie de multiples connotations positives. Elle s’apparente alors, selon François Rangeon, à un mythe politique. « Avant d’être un concept ou une idée, la société civile évoque d’abord un ensemble de valeurs positives : l’autonomie, la responsabilité, la prise en charge par les individus eux-mêmes de leurs propres problèmes. Par sa dimension collective, la société civile semble échapper aux dangers de l’individualisme et inciter à la solidarité. Par sa dimension civile, elle évoque l’émancipation de la tutelle étatique, mais aussi des valeurs plus affectives telles que l’intimité, la familiarité, etc. On s’explique ainsi la réactivation récente du couple société civile-État ».


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