Dominique Wolton
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Modernisation

Le terme de modernisation est a priori connoté positivement. Le Robert la définit ainsi : « l’action d’organiser d’une manière conforme aux besoins, et aux moyens modernes ». La sociologie évolutionniste a toujours considéré la modernisation comme le processus de transformation des sociétés entrant dans l’ère industrielle, étape nécessaire et indispensable pour accéder au développement économique, à la démocratie, à la prospérité. En fait, cette sociologie a été battue en brèche par la critique de l’universalité de tels processus. On a préféré utiliser le terme de modernisation pour étudier les stratégies suivies par les pays en développement, pour arriver à la construction d’une société moderne « à l’occidentale ». Le rejet de la première conception, finalement historiciste, a « abouti à construire la modernisation, non plus comme la résultante d’une loi d’évolution, mais comme un mode de réutilisation et de redéfinition des structures traditionnelles pour faire face aux espaces de la modernité ». Étant entendu que « la modernisation est très rarement un processus de changement planifié et contrôlé ».

Raymond Boudon et François Bourricaud caractérisent la modernisation comme un processus à trois faces : mobilisation, différenciation, laïcisation. « Le premier terme est emprunté à K. Deutsch, qui a relevé un certain nombre d’indicateurs permettant d’apprécier l’aisance et la rapidité avec laquelle les biens, les personnes, les informations circulent à l’intérieur d’une même société ». La mobilisation signifie en fait l’instauration de la libre circulation entre les individus : déplacements de populations, circulation des savoirs, transferts de qualifications, autonomie vis-à-vis de la sphère parentale, etc.

La modernisation implique également un renouvellement du mode de division du travail social. « Des institutions comme la bureaucratie, et surtout l’entreprise, sont modernes, en ce sens qu’elles prétendent distinguer, au moins en théorie, les individus selon la contribution qu’ils apportent à une tâche socialement valorisée, plutôt que selon leurs origines et leurs affiliations familiales et locales ». Enfin, la laïcisation implique « une séparation instituée entre l’Église (et aussi l’État) et, d’autre part, les institutions de recherche et d’enseignement ».


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