Dominique Wolton
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« Communiquer, c’est toujours sortir de soi, et prendre le risque de l’Autre. »
DW, Racines oubliées des sciences de la communication, revue Hermès n° 48, 2007

Individu

La notion d’individu est complexe. Le Robert fournit deux éléments. L’approche psychologique définit l’individu comme « l’être humain en tant qu’unité et identité extérieures biologiques ; en tant qu’être particulier, différent de tous les autres ». L’approche sociologique, écrit Lalande, considère l’individu comme « l’unité dont se compose les sociétés ».

Aucune de ces définitions n’est évidente en soi. La première est le fruit d’un long travail historique, débuté sous l’Antiquité, repris par les théologiens du Moyen Age et achevé lors de la Réforme et de la Renaissance. En effet, avant cela, écrit Bernard Valade, l’individu ne possédait pas d’identité propre. « Au sein de la société chrétienne, l’homme n’est pas en relation immédiate avec lui‑même. Il explique sa situation par tout ce qui dépasse le personnel et l’individuel. [ ... ] Si l’être individuel du chrétien acquiert la dignité d’un être permanent, indestructible, c’est dans sa relation à Dieu, c’est‑à-dire dans sa participation à la Personnalité divine, que prend forme sa personne. » L’individu et, dans son prolongement théologique, la personne, constituent l’une des originalités les plus fortes de la philosophie et de la civilisation occidentales. La Renaissance a rompu avec cette conception holiste de la société et de la personnalité. Puis les Lumières ont valorisé l’individu en tant qu’être distinct ‑ non soumis aux contraintes des groupes familiaux et sociaux qui encadraient sa vie ‑ et protégé par des règles juridiques écrites.

Comme Karl Polanyi l’a montré, l’avènement de l’économie marchande a achevé ce processus. « Le modèle économique fournit les paramètres du modèle social : la société est conçue sous forme de rapports d’échanges entre propriétaires libres et indépendants ; elle est réputée, préposée à la protection des droits de l’individu sur sa personne et sur ses biens, ainsi qu’au respect de l’ordre dans toutes les transactions. » À partir de cette conception de l’individu, la Révolution française a posé que chaque homme possède des droits naturels inaliénables, du seul fait qu’il est individu. Indépendamment donc de tout rapport à la collectivité dans laquelle il est inséré. Et c’est l’individu qui, par le consentement qu’il donne, lors de la formation du contrat social fondateur, qui devient la source de tout pouvoir. Le 19e siècle a vu s’étendre les droits reconnus à l’individu, avec l’acquisition de certains droits politiques dont l’extension progressive du suffrage universel. Puis le préambule de la Constitution de 1946 a affirmé solennellement l’existence de droits sociaux, comme celui du droit à une retraite payée ou à un travail.


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