Dominique Wolton
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Communication politique

Au départ, la communication politique a désigné l’étude de la communication du gouvernement vers l’électorat, puis l’échange des discours politiques entre la majorité et l’opposition. Ensuite le domaine s’est élargi à l’étude du rôle des médias dans la formation de l’opinion publique, puis à l’influence des sondages sur la vie politique. Aujourd’hui, elle englobe l’étude du rôle de la communication dans la vie politique au sens large en intégrant aussi bien les médias que les sondages, le marketing politique et la publicité avec un intérêt particulier pour les périodes électorales. A la limite, la communication politique désigne toute communication qui a pour objet la politique !... Cette définition, trop extensive, a cependant l’avantage de prendre en compte les deux grandes caractéristiques de la politique contemporaine : l’élargissement de la sphère politique et la place croissante accordée à la communication, avec le poids des médias et de l’opinion publique à travers des sondages.

Je préfère une définition plus restrictive. La communication politique est « l’espace où s’échangent les discours contradictoires des trois acteurs qui ont la légitimité à s’exprimer publiquement sur la politique et qui sont les hommes politiques, les journalistes et l’opinion publique à travers des sondages ». Cette définition insiste sur l’idée d’interaction de discours tenus par des acteurs qui n’ont ni le même statut ni la même légitimité mais qui, de par leurs positions respectives dans l’Espace Public, constituent en réalité la condition de fonctionnement de la démocratie de masse.

Le concept de communication politique, pour sa part, est confronté à deux limites : d’une part les rapports entre expression et action ; la part croissante que prend la logique représentative comme moyen de réguler les flots de communication nombreux et hétérogènes d’autre part. Ces deux limites sont directement liées au concept d’égalité des opinions au sein de la communication politique. Il est évident que sans ces deux conditions théoriques (le droit à l’expression et l’égalité) le modèle démocratique ne serait pas confronté à ces limites. Il faut donc être prudent dans l’analyse et la critique, et bien garder à l’esprit qu’il s’agit des contradictions d’un tout petit nombre de démocraties dans le monde. Celles qui bénéficient de toutes les libertés. Ce sont les seules qui, pour la première fois dans l’histoire, reconnaissent le droit à l’expression et l’égalité des opinions. Les dérives, erreurs et limites du fonctionnement de l’Espace Public, et de la communication politique, ne doivent donc pas faire oublier leur caractère récent, et le fait qu’elles sont liées à des situations éminemment favorables, dans l’histoire politique. La communication politique reste le « moteur » de l’Espace Public.


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