Dominique Wolton
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Communication normative et fonctionnelle

La communication est toujours un échange entre un émetteur, un message et un récepteur. Les deux sens du mot expliquent la cohabitation permanente entre la dimension normative et la dimension fonctionnelle. Étymologiquement, ce mot signifie mettre en commun, partager (communicare - 1361 - lat.). C’est le sens de partage qui renvoie à ce que nous attendons tous de la communication : partager quelque chose avec quelqu’un. Mais le deuxième sens plus récent apparu à partir du XVIIème siècle renvoie à l’idée de diffusion, et sera en écho avec le développement de la librairie, puis de la presse. Bien sûr, diffuser sera conçu afin de partager, mais progressivement, avec le volume de documents et d’informations diffusées, les deux sens se dissocieront. La diffusion ne sera plus naturellement la condition du partage.

C’est la même différence entre communication normative et communication fonctionnelle. La communication normative renvoie à l’idéal de partage. La communication fonctionnelle s’est beaucoup plus développée depuis un siècle avec les supports de l’écrit, du son, de l’image et des données informatiques. Elle renvoie plus aux nécessités d’échanges au sein de sociétés complexes, à la division du travail et à l’ouverture des sociétés les unes sur les autres. Dès qu’il y a spécialisation des activités, il y a échange, donc développement de communications fonctionnelles qui remplissent une fonction pratique sans avoir pour autant d’autres significations. Mais simultanément la société occidentale continue de valoriser l’idéal du partage. On comprend que le développement de la communication fonctionnelle se fasse en référence à la communication normative. Telles sont les deux dimensions quasiment ontologiquement liées de la communication, mais évidemment contradictoires puisque les conditions d’un réel partage s’éloignent au fur et à mesure qu’il s’agit de la communication d’un grand nombre de biens et de services à destination d’un grand nombre de personnes qui ne partagent pas forcément les mêmes valeurs. Cette ambiguïté de la communication se retrouve avec l’information. Information a deux sens. Le premier renvoie à l’étymologie (informare - 1190 - lat.), qui signifie donner une forme ; façonner ; ordonner ; donner une signification. Le deuxième, plus tardif (1450), signifie mettre au courant quel–qu’un de quelque chose. Et c’est à partir de celui-ci que le lien se fera entre information et événement. L’information consistera à rapporter l’événement, c’est à-dire tout ce qui perturbe et modifie la réalité. On arrive alors au double sens d’information. C’est à la fois ce qui met en forme ; qui donne un sens, qui organise le réel, et en même temps c’est le récit de ce qui surgit, et perturbe l’ordre. Cette ambiguïté de l’information est un écho à celle de la communication.


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