Dominique Wolton
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Communication

Que faut-il entendre par communication ? Essentiellement quatre phénomènes complémentaires qui vont bien au-delà de ce que l’on entend souvent par communication, identifiée aux médias.

La communication est d’abord l’idéal d’expression et d’échange qui est à l’origine de la culture occidentale, et par la suite de la démocratie. Elle présuppose l’existence d’individus libres et égaux. On devine les terribles batailles, menées depuis le XVII ème siècle, pour asseoir ces concepts inséparables du concept de modernisation.

C’est aussi l’ensemble des médias de masse qui, de la presse à la radio et à la télévision, ont considérablement bouleversé en un siècle les rapports entre la communication et la société.

C’est également l’ensemble des nouvelles techniques de communication, qui, à partir de l’informatique, des télécommunications, de l’audiovisuel et de leur interconnexion, viennent en moins d’un demi-siècle de modifier les conditions d’échange, mais aussi de pouvoir au niveau mondial.

C’est enfin les valeurs, symboles et représentations qui organisent le fonctionnement de l’espace public des démocraties de masse, et plus généralement de la communauté internationale à travers l’information, les médias, les sondages, l’argumentation et la rhétorique. C’est-à-dire tout ce qui permet aux collectivités de se représenter, d’entrer en relations les unes avec les autres, et d’agir sur le monde.

Ces quatre dimensions de la communication caractérisent donc aussi bien la communication directe que la communication médiatisée par les techniques ; les normes et les valeurs qui la promeuvent, autant que les symboles et les représentations qui animent les rapports sociaux.

De ce point de vue il n’y a pas de différence fondamentale entre information et communication ; les deux appartiennent au même système de référence liés, à la modernité, à l’Occident et à la démocratie. Si l’information a pour objet de mettre en forme le monde, de rendre compte des événements, des faits, et de contribuer directement au fonctionnement des sociétés complexes, elle est inséparable de la communication, qui, au-delà de l’idéal normatif d’échange et d’interaction, constitue le moyen de diffuser ces informations et de construire les représentations. Les deux sont inséparables.

Par communication il faut donc entendre l’ensemble des techniques, de la télévision aux nouveaux médias, et leur implication économique, sociale et culturelle. Mais aussi les valeurs culturelles, les représentations et les symboles liés au fonctionnement de la société ouverte et de la démocratie. L’angle choisi dans ce livre n’est donc pas la technique, mais la technique liée à la société. Il s’agit d’une analyse de la démocratie, à l’épreuve de la communication. Les principaux concepts de la démocratie sont passés au crible de la communication. C’est finalement par rapport à une conception anthropologique de la communication que les positions théoriques concernant la communication sont classées. Les quatre positions théoriques correspondent à une conception des rapports entre communication et société, à travers quatre sous-ensembles : l’individu, la démocratie, l’économie, la technique. Chacune des quatre positions implique donc un certain rapport de l’individu à la technique, à l’économie et à la démocratie. C’est en cela qu’une vision de l’information et de la communication recèle souvent une théorie implicite ou explicite de la société et des individus au sein de celle-ci. C’est en cela aussi qu’il n’y a pas de position « naturelle » sur la communication, aussi bien en ce qui concerne l’image, la réception, la télévision, les nouvelles technologies... Pourquoi ? Parce que la dimension anthropologique de la communication renvoie toujours à une vision du monde.

Les quatre positions concernant les rapports entre communication et société sont les thuriféraires, les critiques, les empiristes critiques, les nihilistes.


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