Dominique Wolton
image 2

Village global

Le village global est un concept dû au théoricien de la communication canadien Marshall McLuhan, popularisé dans son ouvrage The Medium Is the Message (1967). L’idée centrale est que les faibles coûts et temps de transmission de l’information permis par les nouvelles technologies tendent à favoriser l’apparition d’une culture unique et partagée à l’échelle de la planète. À l’ère d’Internet, ce concept a été réinterprété comme un objectif utopique de compréhension mutuelle entre toutes les sociétés, que le « réseau des réseaux » contribuerait à atteindre.

Pourtant, le foisonnement des informations ne favorise nullement l’intercompréhension et ce pour deux raisons. D’abord parce que l’exposition du récepteur à un nombre croissant d’informations ne préjuge rien quant à sa capacité de les comprendre ou de les accepter. Ensuite parce que chercher à uniformiser, à lisser les différences, par exemple en adoptant l’anglais comme unique langue d’échange, revient à nier la spécificité de l’autre, constitutive de son identité. Cela accentue l’incompréhension mutuelle et diminue d’autant la capacité d’acceptation de l’altérité et l’importance de la négociation interculturelle. La vitesse de production et de transmission de l’information et les progrès réalisés dans l’interactivité améliorent la « communication » entre les systèmes, mais pas forcément entre les hommes et les sociétés. C’est tout le sens de mes travaux : repasser d’une problématique technique de la communication à une problématique politique, mettant au centre la question de la négociation et de la cohabitation.
Le village global, belle utopie, est le plus souvent, hélas, devenu une idéologie.


Suivant → ← Précédent
Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0