Dominique Wolton
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« La diversité culturelle oblige d’abord à décoloniser les imaginaires. »
DW, L’épreuve de la diversité culturelle, revue Hermès n° 51, 2008

La troisième mondialisation ou l’autre mondialisation

J’ai introduit ce terme avec le livre éponyme (2003) pour signaler l’importance croissante des problématiques de culture et de respect de la diversité culturelle dans la mondialisation contemporaine. Celle-ci comporte deux dimensions.

La première, politique, passée trop souvent inaperçue a consisté, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, à construire le cadre de la communauté mondiale, dont l’ONU et ses agences sont le symbole. Tout faire pour essayer d’éviter le retour à la guerre. Construire une enceinte de délibération et de décisions politiques communes à tous les régimes et qui garantisse les valeurs de l’humanité. L’ONU est la seule « grammaire » politique du monde ouvert. Le seul lien permanent de « palabre », c’est-à- dire de communication, d’échanges et d’interactions pour éviter la guerre.

La deuxième, économique, est liée au libéralisme économique et à la fin de la guerre froide. Il n’existe qu’un seul monde, un seul marché. C’est la globalisation, avec les tentatives de régulation de l’OMC, avec le risque de l’enrichissement des riches, l’appauvrissement des pauvres et l’émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine).

La troisième, devant nous, nullement prise en compte jusqu’à il y a dix ans est liée à l’émergence de la diversité culturelle collective comme enjeu politique. Les peuples veulent bien être dans la mondialisation à condition de conserver leurs racines et leurs identités. Ceci est apparemment garanti par la Convention de l’Unesco de 2005 sur le respect de la diversité culturelle et l’égalité des cultures, mais la réalité est tout autre. L’enjeu de cette « autre mondialisation », c’est la reconnaissance du fait indépassable de la diversité culturelle et l’obligation d’organiser au niveau mondial la cohabitation culturelle. L’ouverture du monde passe par une circulation des cultures, mais aussi et autant, par l’organisation de la cohabitation culturelle. Sinon, aux inégalités économiques et sociales s’ajouteront les inégalités culturelles facteurs de très violents conflits. C’est l’enjeu de la troisième mondialisation.


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