Dominique Wolton
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Récepteur

Dans le modèle classique de la communication, un message est transmis d’un émetteur vers un récepteur. C’est le cas, évidemment, dans le cadre des transferts d’informations entre machines. Pendant longtemps, la question de l’interprétation du message, voire de la résistance à son égard, n’a pas été posée, pas plus dans le cadre de la communication technique qu’humaine. C’est l’augmentation du volume des informations et du nombre des protagonistes qui oblige à prendre conscience de la discontinuité de la communication.

La revalorisation du récepteur est un choix théorique sur lequel j’insiste souvent.

Le récepteur est intelligent, c’est la même hypothèse que pour le citoyen. C’est d’ailleurs le même individu. Pourquoi serait-il intelligent et critique en politique, passif et manipulé dans la communication ? Il peut être influencé, bien sûr, mais beaucoup moins manipulé qu’on ne le dit souvent. Il n’est en tout cas jamais passif. De nombreuses théories de la communication médiatique n’ont pas beaucoup réfléchi au statut du récepteur. On supposait que le même message, adressé à tout le monde, allait être perçu de la même manière, donc influencerait tout le monde. L’expérience prouve au contraire l’extrême diversité des conditions de réception. Une autre idée reçue fausse : le récepteur serait passif face à la radio et à la télévision, et actif devant un clavier d’ordinateur. Il est pourtant toujours en activité, ne serait-ce que pour des raisons cognitives. La revalorisation du récepteur, comme je le soutiens, a plusieurs implications : la capacité à pouvoir refuser ; la réalité de la négociation ; la possibilité de l’oubli pour ne pas mourir sous la mémoire. Tout cela signifie qu’un message est rarement reçu conformément aux intentions de l’émetteur et que poser la question de la communication, c’est finalement poser la question de son rapport à l’autre et de l’incommunication.

C’est la complexité de la réception et du récepteur qui rend caduc le rêve du village global. Le récepteur n’a pas toujours raison, loin de là, mais on ne peut plus l’ignorer. Il est à la fois impossible à ignorer et impossible à satisfaire.


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