Dominique Wolton
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Francosphère

Telle que je l’ai définie en 2006 dans Demain la francophonie, elle correspond au troisième stade de la francophonie, c’est-à-dire la francophonie face à la mondialisation, surtout depuis la fin du conflit Est-Ouest et l’apparition d’un monde multipolaire.

Ce redéploiement de la francophonie au niveau mondial est une chance, face à la mondialisation et aux enjeux de diversité culturelle qui émergent. Le même phénomène se passe pour les autres langues présentes dans plu- sieurs pays et continents : l’espagnol, le portugais, et demain, le russe et l’arabe. À côté des langues dominantes (mandarin, hindi), il existe des langues mondiales. Hier phénomène de domination politique, elles deviennent facteurs de culture et de dialogue. L’étape coloniale n’est donc qu’un moment dans cette longue histoire, comme pour toutes les autres langues. La francophilie, par exemple, de l’Europe centrale et orientale, ou de l’Amérique latine, n’a aucun rapport avec l’histoire coloniale et elle est aujourd’hui bien vivante.
La francosphère a aujourd’hui deux jambes. La plus importante, la francophonie de la société civile, avec ses deux cents millions de locuteurs dans le monde, et ses neuf cent mille professeurs de français dont l’écrasante majorité n’est pas de nationalité française. Il y a aussi l’OIF (Organisation internationale de la francophonie), créée il y a quarante ans, qui regroupe actuellement plus de soixante-quinze États et qui représente, avec les institutions et les opérateurs (AuF, AmF, etc.), le visage institutionnel de la francophonie. Mais les deux ne se recoupent pas totalement. L’Algérie, par exemple, terre francophone, au rôle essentiel en Afrique, n’appartient pas, pour des raisons interétatiques et diplomatiques, à l’OIF.


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